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Bungalopolis: Un opéra poilant

Zanne, Les Langues Sales

22 février 2011

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L’ouvreuse du Lion d’or prend nos billets en nous proposant de nous choisir une moustache dans le panier d’osier près d’elle. Je choisis la moustache bandit, épaisse et courbe comme celle d’un vrai mononcle croche. J’entre dans la salle. Tout le monde assis dans le public porte sa moustache. Le ton est déjà donné.

Bungalopolis, c’est d’abord une bande dessinée relatant les aventures (extra)ordinaires de Jérôme Bigras, banlieusard affectionnant un peu trop sa tondeuse (laquelle fait figure de golden retriever nommé Rex). Très audacieuse au niveau scénario, que ce soit par des mise en abimes circulaires, des objets à découper, des « making of » ou carrément des « histoires dont vous êtes le scénariste », la BD de Jean-Paul Eid surprend par son actualité. Eid nous a révélé son secret après le spectacle: « Tant que tu ne dessines pas d’ordinateurs dans ta BD, tu risques moins vite de passer date » (je cite librement). Outre le décor et les électros, l’atmosphère de banlieue dortoir et de royaume du barbecue dépeint par le bédéiste reste très fidèle à ce que l’on connaît encore aujourd’hui de Boisbriand, DDO, et Repentigny (pour ne citer que ceux-là).

Il fallait beaucoup d’audace pour adapter cette oeuvre en opéra-cabaret contemporain. Le défi a été brillamment relevé! Trois chanteurs et une chanteuse se partagent donc le texte, mis en musique par cinq jeunes compositeurs de musique contemporaine, et mis en scène par Mylène Lapierre. Sous la direction énergique de Cristian Gort, musiciens et chanteurs se font aller le système respiratoire pendant trois (trop courts) actes remplis de rebondissements, de suspense et de tondeuses. Mention spéciale à Sylvain Paré, ténor, comique à souhait dans son rôle de Marcel.

L’opéra-cabaret est présenté sous forme de tableaux, la plupart des BD de Jérôme Bigras tenant sur une à cinq pages. Les compositeurs ayant des tableaux attitrés, il est possible de distinguer leur style personnel dans l’esthétique générale que s’est donné le spectacle (je dois par contre avouer ici que je ne pourrais pas vous nommer les différences entre chacun, étant donné ma très faible culture musicale).

Sur scène, des décors en carton rappelant l’univers dessiné de Jérôme Bigras, des costumes rigolos transformant les chanteurs en extravagants personnages, et un écran sur lequel est projetée la case de la BD incarnée sur scène. Loin de créer un double discours, la projection donne une dimension étrangement intéressante à la scénographie et à la mise en scène: même si on voit la blague, le « punch », à la fin de la case, ce n’est qu’au moment où les chanteurs la disent que le rire éclate. De plus, le fait de voir une seule case à la fois, sans avoir accès à l’ensemble de la page, accentue l’effet comique du scénario en créant certaines surprises. Je pense notamment aux extincteurs automatiques du Split-Level II, vaisseau spatial de Flamant-Man (Jérôme Bigras lui-même) qui prennent la forme d’un arroseur à gazon (Eid est un pro du champ lexical de la banlieue).

Je me permet de citer le mot des compositeurs, dans le programme de la soirée: « Par un curieux adon, les voix opératiques se prêtent spécialement bien à l’incarnation de BD. Celles-ci ayant une certaine tendance à l’exagération… ».

En somme, une très belle soirée, et une très belle façon de faire découvrir la musique contemporaine et l’art lyrique aux plus réticents geeks de ce monde !

Malheureusement, ça ne joue plus qu’à Arvida, les 23, 24, 26 et 27 février 2011, au Théâtre Palace. Si jamais vous faites un tour au Saguenay cette semaine, courez-y !

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