Frédéric Chiasson

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Composer un chef-d'œuvre pour orchestre est-il encore possible de nos jours ?

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31 mai 2011

En lisant un article du Devoir sur la rumeur d'une nomination de Kent Nagano au poste de directeur musical de l'Orchestre symphonique de Vienne, quelque chose m'est venu à l'esprit : avec les chefs d'orchestre virevoltant à travers le monde et les répétitions d'orchestre se raréfiant, est-ce que composer un chef-d'œuvre pour orchestre est encore possible à notre époque ?

Pour moi, la question se pose d'autant plus que je viens de gagner le prix de composition de l'Orchestre de l'Université de Montréal (OUM). On m'a demandé de remettre la partition et les parties... en août ! Moins de trois mois pour pondre une œuvre d'un maximum de 7 minutes pour grand orchestre. Heureusement, j'ai déjà beaucoup de matériel déjà écrit à entrer dans ces 7 minutes. Mais combien de temps les musiciens de l'orchestre, eux, auront le temps de les répéter ?

Car il faut oublier les dizaines de répétitions dont a profité Le Sacre du printemps de Stravinsky1. On entend souvent parler de « trois répétitions, un concert ». Que cela soit vrai statistiquement reste à vérifier, mais personnellement, j'ai vu plusieurs nouvelles œuvres montées en trois répétitions de vingt minutes. Mais avec trois répétitions, est-ce possible au compositeur d'écrire un chef-d'œuvre et à l'orchestre d'en faire une interprétation à la hauteur ?

Je ne parle même pas de déterminer si le chef d'orchestre et les musiciens ont le temps de saisir l'esprit de l'œuvre pour en faire une exécution juste. Je me demande surtout comment le compositeur peut avoir le temps de changer certains aspects de l'orchestration, de la forme, voire quelques détails d'édition avec des délais aussi courts. Faire tout ça en trois répétitions et création dans la semaine, c'est impossible.

Les responsables des orchestres répondront que répéter plus couterait2 trop cher. Il est vrai que les salaires des musiciens ont augmenté depuis les années 1910, ce qui est une bonne chose. En revanche, on pourrait rétorquer que les musiciens ont trop pris l'habitude de ne jouer que des éditions Urtext d'œuvres incessamment jouées. Normal que certains deviennent désemparés devant une nouvelle partition moins que parfaite !

J'ai posé la question à Pierre-Michel Menger, lors d'une série de conférences qu'il donnait sur la sociologie de la musique pour l'OICRM. Pour pallier au problème, M. Menger m'a suggéré d'exiger dans le contrat de création que la pièce soit jouée par l'orchestre plusieurs fois, les corrections à la partition se faisant entre chaque exécution. Solution astucieuse, mais encore faut-il être un compositeur moindrement réputé pour obtenir cette clause.

Une autre solution serait de demander une lecture quelques mois avant la création. C'est que nous avons fait pour Bungalopolis. La lecture permet au compositeur de vérifier l'ensemble de la pièce et de trouver les problèmes techniques avant qu'il soit trop tard : manque de temps pour changer d'instrument, mettre une sourdine ou reprendre l'archet ; problèmes de tourne de page ; signes musicaux peu clairs ; mots manquants ; mauvaise prosodie ; etc. Le compositeur peut revenir sur sa partition, corriger les problèmes et offrir une nouvelle version bien plus agréable pour les musiciens. De plus, ceux-ci vont déjà avoir une idée globale de l'œuvre. Ils ne seront pas confrontés à une lecture à vue une semaine avant la création.

Voilà ce qui faciliterait beaucoup le travail de tous, compositeurs, chefs d'orchestre et musiciens. Il ne reste qu'aux orchestres d'appliquer ce principe relativement peu couteux2 – en tous cas moins que 30 répétitions d'orchestre du Sacre – mais si efficace.

Notes

1 Maurice Marnat, dans sa biographie de Maurice Ravel, parle de sept, «ce qui est peu, même de nos jours [...] pour la première fois [qu'elle est exécutée]», d'autres une trentaine pour la musique et plus de 100 pour le ballet entier ! 2 Utilisation de la nouvelle orthographe française ici.

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