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Lucie Renaud, l'une des dernières journalistes de la création musicale

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7 novembre 2016

Lucie Renaud
Lucie Renaud

J'ai appris que Lucie Renaud est décédée le 31 octobre, vers 12h20, d'une tumeur foudroyante au cerveau. Lucie Renaud ? L'une des écrivaines discrètes mais essentielles de la musique classique. Entre les potins de vedettes sur les t-shirts et ceux sur les ratages de vols, l'une des rares journalistes et auteurs à s'intéresser véritablement à la démarche de création. Elle tenait jusqu'à très récemment un blog sur la littérature, le théâtre et la musique, Clavier bien tempéré, en plus d'avoir collaboré à plusieurs périodiques artistiques dont Jeu et la Scena musicale.

Je l'ai connue par l'entremise d'un article sur Bungalopolis. Puisqu'en tant que compositeur, nous sommes invisibles donc inintéressants pour les journalistes, je me suis fait ma propre campagne de presse en l'appelant pour lui parler de ma prochaine composition pour l'Orchestre de la Francophonie, Urbania. Elle accepta alors avec plaisir de me rencontrer au Bistro Olivieri. Cela donna probablement le plus beau texte fait sur l'une de mes créations à ce jour.

Ils sont rares les journalistes qui réussissent à saisir une essence de soi qui nous échappe, à un point tel que lorsqu'on lit l'article quelques jours après l'entrevue, on se dit « Ah ouin ? Vraiment ? », puis quand on le relit quelques années plus tard, on se confesse que « Oui, c'est donc ben vrai ! ».

L'article était tellement bon que je l'ai relu tel quel sur le site du Messager de mon quartier ! Le journaliste culturel avait tout simplement plagié l'œuvre de Lucie dans les pages de l'hebdomadaire. Fâché de voir une telle appropriation, j'avais appelé la rédaction afin d'enlever l'article. Je n'avais même pas pensé que cela a pu brouiller mes relations avec l'équipe du Messager. Bon prince, le Messager m'a envoyé une autre journaliste afin de faire un autre article. Lucie elle-même en était étonnée, m'appelant au téléphone son « preux chevalier ».

Je n'ai eu que de légers contacts depuis Urbania, ce qui rend sa mort encore plus désolante ! Quels journalistes vont encore se déplacer pour parler à des créateurs qui n'ont pas la chance de se pavaner en robe de soirée ou en t-shirt de Gerry Boulet dans un gala, ou plus simplement de passer à la télé ? Avec les moyens des médias qui rapetissent et les musiciens qui s'accumulent, les journalistes pigent par dépit de plus en plus dans les évidents, en délaissant les essentiels. Beaucoup d'acteurs et de chanteurs, peu d'auteurs et de compositeurs (et je ne parle même pas des arrangeurs !), sauf les cutes et les vieux incontournables. Lucie, elle, était là pour les autres.

Tu vas nous manquer beaucoup.

Un texte touchant de Claudio Pinto, un intime de Lucie

Le texte de Lucie Renaud sur Urbania

Un autre texte de Lucie sur Bungalopolis

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