Frédéric Chiasson

compositeur

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Urbania : mon deuxième marathon terminé

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12 juin 2013

Moi en train de courir le demi-marathon de la Banque Scotia 2013
Moi en train de courir le Demi-marathon de la Banque Scotia 2013. Photo : Jean-Martin Desmarais.

J’ai remis la partition et les parties séparées d’Urbania à l’Orchestre de la Francophonie au début de la semaine passée. Je l’ai vraiment ressenti comme la fin de mon deuxième marathon en deux semaines. Si le marathon d’Ottawa est un test ultime d’endurance physique, j’ai senti l’écriture d’un cycle pour orchestre comme celui de l’endurance mentale.

J’ai couru 42,195 km au marathon d’Ottawa. Pour Urbania, j’ai écrit 101 pages d’orchestre et 182 pages de parties séparées (sans compter les pages blanches et les préfaces) faisant en tout 18m41s de musique.

Donc, oui, j’étais fatigué après les deux.

Mais j’ai vite noté que les deux disciplines avaient beaucoup en commun au niveau psychologique. Pour arriver à la concentration nécessaire, j’ai suivi des règles qui m’ont servi autant à la course qu’à la composition.

Suivre un plan préparé à l’avance

L’entrainement pour le marathon et la composition pour l’orchestre ne s’improvisent pas à la dernière minute. Le plan de match est indispensable car la préparation aux deux disciplines demande du temps. Beaucoup de temps : plus de trois mois dans les deux cas.

Si pour le marathon, j’ai suivi le plan de Jean-Yves Cloutier du Club Les Vainqueurs, je me suis fait pour la composition mon propre plan : deux semaines pour la composition de chaque mouvement, deux semaines pour l’orchestration générale et une pour la copie. C’est vrai, c’est un plan qui ne laissait pas beaucoup de place à l’erreur.

Finalement, le plan de marathon a été plus suivi à la lettre que le plan de composition. J’ai composé et orchestré chaque mouvement en deux semaines et il me restait une semaine à temps plein pour faire la copie. Je n’ai pas eu de fin de semaine durant les deux derniers mois. Mais grâce à la planification, tout a été rendu à temps.

Se mettre à la tâche régulièrement

Les journaux nous le disent : des fois, le marathon tue – bon, très rarement, mais pour les journaux, la rareté est un détail !

Ce que les journaux ne racontent pas, c’est que la composition tue aussi. Mendelssohn est mort d’épuisement, Mozart aussi, peut-être (sûrement l’une des 140 causes possibles répertoriées dans la littérature). Même de nos jours, des compositeurs meurent de leur art. De temps à autre, un compositeur professionnel (pub, cinéma) claque dans la cinquantaine, voire la quarantaine.

Donc je me protège... mais pas avec des capotes... je parle de compo, bien sûr ! J’en fais moins et plus souvent. Combiner deux entrainements de course un après l’autre est une très mauvaise idée : votre corps va vous le dire rapidement. Idem en compo. Vaut mieux écrire de manière régulière afin de rester frais et en même temps ne pas perdre le fil de nos idées. C’est un peu ennuyeux de retrouver des bouts de musique sur différentes feuilles après une trop longue pause et de ne plus savoir où on voulait la mettre, cette musique.

Continuer même si ça va mal

Il y a des moments où ça coule de source, d’autres où on a l’impression de presser le citron sans qu’aucun jus sort. Autant en course qu’en musique, c’est souvent là que l’on place les briques pour construire la meilleure idée ou la meilleure course. C’est très chiant sur le moment, mais c’est là que l’on doit continuer.

Si je ne cours jamais blessé, je continue à faire l’entrainement comme d’habitude si j’ai mal dormi, je suis fatigué, si j’ai faim, ou encore s’il pleut, s’il fait trop chaud ou trop froid, si je n’ai pas le temps... Toutes des situations pouvant arriver au marathon. Pour la composition, même si ce que je sors me semble tellement mauvais, je continue à écrire. Écrire de la schnoutte, ça permet de savoir ce qu’on ne veut pas garder.

Laisser passer les pensées négatives

Dans des activités où la demande d’énergie et de concentration est extrême, tout sentiment négatif nous ralentit. Les coureurs avancés nous disent souvent de relâcher le visage en course. Étonnant mais vrai : un visage plus serein nous rend plus serein, même au 40e km. En même temps, lutter contre ces pensées négatives demande encore plus d’énergie ! Quoi faire ?

En composition aussi, il y a beaucoup de pensées négatives : la crainte que ce qu’on écrit sonne beaucoup plus mal en vrai que sur papier, la peur de la réaction du public ou du milieu musical, l’angoisse de ne pas terminer à temps...

Le meilleur truc que j’ai trouvé est d’accepter pleinement leur existence, d’imaginer même que ce que je crains se réalise, puis de passer à autre chose. Au moins, elles n’obstruent plus tout mon champ de pensée, puis elles disparaissent d’elles-mêmes avec les petites victoires que l’on se donne sur le parcours.

S’écouter et le faire pour soi

Peut-être la consigne la plus importante à suivre. C’est avant tout ma course et ma musique. Ne jamais courir pour prouver à quelqu’un d’autre qu’on est capable de le faire ou parce que tout le monde le fait, mais bien pour se prouver ou mieux, répondre à un besoin à soi. Ne jamais composer pour plaire à un public (en faisant une pièce « accessible ») ou à un milieu (en faisant une pièce « contemporaine »). Composer et courir pour soi.

Composer une pièce qui va répondre à son propre goût. Notre corps et notre goût sont ceux que l’on connait le mieux et que l’on perçoit le plus justement. On ne connait que peu le corps et le goût des autres. Ils finissent toujours par nous surprendre, et parfois nous décevoir. Courir et composer pour les autres correspond à le faire pour un mirage.

C’est en le faisant pour soi qu’on se permet de s’écouter. En s’écoutant, il est possible que nos muscles se coordonnent de telle manière que même dans des conditions impossibles, nous accomplissons des prouesses (du moins pour soi) en tombant dans la « zone ». En s’écoutant, il devient probable que nos mouvements musicaux s’organisent pour atteindre un état de grâce.

Dans les deux cas, c’est l’imbrication de tant de détails parfaitement réglés qui transforment la myriade d’éléments en une œuvre plus grande. Et à ce moment s’en dégage un radiance, un éclat. À certains moments, une aura mystique s’en dégage. Nous entrevoyons Dieu.

Les gens qui pensent que faire de la musique c’est facile n’ont jamais atteint ces cimes. En fait, courir et composer demande exactement des denrées en voie de disparition dans notre société : de l’écoute, de la discipline.

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